Lu aujourd'hui dans le Journal L'Alsace :
Service public Blues de facteur
Factrice à Mulhouse, Micheline Guthmann, une habitante de Leimbach, estime que La Poste est en train de « saborder » son métier. « En privilégiant la rentabilité au détriment de l’essentiel : les relations humaines. »
« Mes plus belles émotions professionnelles, c’est en exerçant le métier de facteur que je les ai vécues. On partage le quotidien des gens, leurs joies et les tristesses, on voit les enfants grandir… Le relationnel est exceptionnel », témoigne Micheline Guthmann, 46 ans, postière depuis bientôt 25 ans et facteur au Rebberg depuis une quinzaine d’années. Cette habitante de Leimbach, mariée, mère d’une fille de 21 ans et sapeur-pompier volontaire, parcourt chaque jour neuf kilomètres, à vélo et à pied (ça monte, au Rebberg !), pour livrer le courrier à près d’un millier de foyers. Jusqu’à peu, elle considérait que sa profession était l’une des plus belles au monde. Mais ces derniers mois, Micheline a de moins en moins le cœur à l’ouvrage.
« Être facteur, ce n’est pas mettre bêtement du courrier dans des boîtes aux lettres »
Depuis la perspective de réorganisation de son unité de distribution (UD dans le jargon), l’UD de Mulhouse Centre, celle qui dessert toutes les adresses en 68 100, avec une trentaine de facteurs.
Cette réorganisation, qui accompagnera la mise en place de machines de tri pour préparer les tournées, doit entrer en vigueur le 18 juin. Micheline craint fort que plusieurs facteurs y perdent leur tournée. « On a la peur au ventre. Pour un facteur, perdre sa tournée, c’est comme un licenciement. » Elle y voit aussi une nouvelle augmentation des cadences, comme beaucoup de collègues, avec qui elle a écrit au sénateur-maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel.
Micheline a aussi écrit à son directeur régional et au maire de Thann, qui a relayé auprès du ministre de l’Économie les mécontentements exprimés après la mise en œuvre d’une réorganisation du même type dans sa vallée. Et vendredi soir, entourée d’une dizaine de collègues, elle est allée attendre Ségolène Royal à son arrivée au Palais des sports de Mulhouse. La candidate a pris le temps de dialoguer avec Micheline, ce qui lui a fait chaud au cœur. « Elle nous a promis de lire la lettre que nous lui avons remise et de soutenir le service public. »
Les lettres de Micheline sont « des suppliques », dit-elle. « Des SOS. Comme facteurs, on est désespérés. La Poste est en train de saborder le métier. On ne nous parle que chiffres, statistiques, normes, cadences… Bien sûr qu’il faut évoluer, mais pas en faisant n’importe quoi. Nos dirigeants veulent faire abstraction du côté humain. »
Mots et sourires échangés au quotidien, cartes de vœux, petites attentions comme ces chocolats qu’un « adorable retraité » lui offre pour Pâques… Rien n’y fait plus. Craignant de ne plus avoir de temps à consacrer à cette dimension humaine qui fait la richesse du métier, Micheline envisage aujourd’hui de changer de profession.
Un déchirement pour elle qui, hormis le jour de la tempête de neige de mars 2006, n’a jamais renoncé à sa tournée, « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige ». « La Poste, c’est une grande dame que j’ai aimée et servie avec passion. Nous, facteurs, on est ses ambassadeurs. Mais j’aime tellement ce métier qu’il m’est impossible de l’exercer un jour dans de mauvaises conditions. Être facteur, ce n’est pas mettre bêtement du courrier dans des boîtes aux lettres. »
(source : Journal L'Alsace du mardi 17 avril 2007, www.alsapresse.com )
photo 1 : Vendredi 13/04/2007, Micheline Guthmann a confié ses états d’âme de factrice à la candidate socialiste Ségolène Royal, venue en meeting vendredi soir à Mulhouse. Photo Darek Szuster, Journal L'Alsace
photo 2 : Musée de la Poste - Paris) |